Après avoir été mis en accusations par la mairie d'Asnières,
le Monde et France 3, voici que l'affaire Mayetic rebondit. Après la mairie
d'Asnières, cette fois ci c'est Le Monde et France 3 (et la mairie d'Asnières) qui
sont dans le banc des accusés (voir ici l'ordonnance de mise en examen pour
diffamation au nom de Jean-Marie Colombani et Patrick de Carolis).
Je vous engage à lire ce qui
suit et vous demande de vous mettre un instant dans la peau de Bruno de
Beauregard. Vous êtes dirigeant d'une société qui emploie 23 personnes, et pour
la suite de votre activité vous attendez un financement vital de votre actionnaire en capital-risque, la Caisse des Dépôts et Consignation, ainsi que
de France Telecom, un client qui revend votre produit depuis
plus d'un an, et le 22 octobre 2005 tout s'arrête. Rappel des faits.
Le Monde écrit le 22 octobre 2005 :
« Domicilié lui aussi à Asnières, M. de Beauregard, qui n'a
pas souhaité répondre au Monde, est le fondateur de la société Mayetic, une
entreprise de services informatiques, leader sur son marché. » […] Dans un
rapport récent, la DST, au titre de ses activités de contre-espionnage, s'est émue
de la situation. « Une certaine vigilance est maintenue concernant notamment la
présence de certains adeptes au sein de structures sensibles », relate la DST. «
Au regard de l'approche philosophico-religieuse de M. de Beauregard, on peut
s'interroger sur l'opportunité pour des organisations gouvernementales de faire
appel à la société Mayetic pour ses solutions informatiques. » La direction générale
des impôts, la gendarmerie nationale et même l'OTAN figurent parmi les clients
de Mayetic. »
Le soir France 3, reprend dans le 19/20 :
« Une fondation mystico-religieuse d'origine iranienne
ferait actuellement l'objet d'une surveillance de la part de la DST et de la
direction des Renseignements généraux. Sur la sellette, l'association Ostad
Elahi, une organisation créée à Asnières dans les Hauts-de-Seine. La question
d'une dérive sectaire est posée […] Selon les enquêteurs français, les sociétés
rattachées à elle, comme Mayetic Informatique, auraient infiltré plusieurs
organisations dont les plus célèbres : l'OTAN, la gendarmerie nationale et
certains ministères. »
Quelle PME de 23 personnes, quelle qu'elle soit, aurait pu
survivre à pareille accusations ? La Caisse des Dépôts et Consignation qui
avait pourtant injecté 5 mois plus tôt quelques millions d'Euro, s'est immédiatement
retirée, suivi quelques semaines plus tard par France Telecom qui avait très
officiellement qualifié Mayetic de partenaire stratégique, une semaine avant la
campagne médiatique diffamante. Mayetic, en l'absence brutale de financements,
a déposé son bilan le 27 novembre 2005.
Avant cette campagne de diffamation de l'automne 2005 à l'encontre
de son entreprise, Bruno avait déjà dû porter plainte deux ans avant également
pour diffamation, car à l'automne 2003, une campagne très violente avait été lancée
contre lui par la mairie d'Asnières, mais cette fois alors en tant que président
d'une association de riverains à Asnières. L'audience d'appel correspondante
s'est déroulée hier, sachant que son association avait gagné en première
instance il y 18 mois contre la mairie d'Asnières (son affaire été jugée hier).
Le jugement définitif est attendu le 6 décembre prochain.
Bruno espère que Le monde et France 3 seront condamnés à leur
tour pour diffamation contre lui et Mayetic. Lui et son associé Miguel Membrado
ne retrouveront certes pas leur société ni les 10 ans qu'ils y ont consacrés. Ce
que Bruno cherchait hier à retrouver au tribunal était son honneur. Au-delà de
l'aspect moral de cette affaire, il a encore une vie devant lui. Le seul véritable
capital d'un entrepreneur ou d'un homme c'est tout simplement sa réputation.
Sa société ne reviendra pas, mais il aura peut être un jour le loisir de croire qu'il y a une justice dans son pays.
Cette société n'exercerait-elle pas actuellement avec profit aux Etats-Unis?
Elle peut très bien déposer son bilan en France et prospérer ailleurs.
De plus, je ne comprends pas en quoi Le monde et F3 auraient porté tort à l'intéressée dans la mesure où vous relevez vous-même que la société était en dépôt de bilan faute de ressources bien avant les diffusions dans la presse de soupçons la concernant. Les médias ne présentaient en aucun cas ces informations comme étant certaines et de leur crû:ils citaient une source qui prend ses responsabilités et en tiraient quelques "questions".
Je m'étonne pour ma part que de l'argent public en aussi grande quantité ait été accordé par des organismes publics aussi importants à des personnes de droit privé sans qu'aucun suivi de la viabilité de l'activité soit organisé. Si cette société avait été saine -capable de s'autofinancer- il me semble qu'à défaut de financements publics -dont on sait qu'ils sont souvent politiques donc volatiles car très "personnalisés"- elle aurait pu se financer auprès d'authentiques organismes de prêt privés...
Rédigé par: Etienne | 28 octobre 2006 at 14:13
> bien avant les diffusions dans la
> presse de soupçons la concernant.
Non puisque le dépot a été prononcé après les "révélations" du monde et de france 3. Certe la société mayetic dépendant de fond d'entreprises public mais il est vrai que l'innovation est mal financé en France et dépend en effet malheureusement trop souvant de fond publiques.
Prouver le lien entre les dénonciations et le retrait de l'argent de la CDC et de FT n'est pas aisé, mais les passages que j'ai souligné en gras sont troublants. Pourquoi appuyer comme cela ?
Les informations sont indiquées au conditionnel, mais on se rappelera de l'affaire BAUDIS. Tout était au conditionel "selon la police ... blabla ... une personnalité serait impliquée dans des affaires de pédophilie .... blabla ..."
Dans l'affaire Mayetic qui a fourni aux journalistes des notes des RG ?
Pourquoi les journalistes ont repris ces informations sans faire leur propre enquète ?
Cela ressemble fort à une campagne de déstabilisation ?
De toute façon résultat du procés dans quelques semaines :-)
Rédigé par: ~laurent | 28 octobre 2006 at 14:25
@ Etienne
Vous dîtes :
1 - "Cette société n'exercerait-elle pas actuellement avec profit aux Etats-Unis?
Elle peut très bien déposer son bilan en France et prospérer ailleurs."
Non. Mayetic n'existe plus puiqu'elle a été mise en liquidation. Par contre, mon associé de Mayetic et moi-même sommes partis en Californie re-bâtir de zéro une nouvelle entreprise.
2 - "je ne comprends pas en quoi Le monde et F3 auraient porté tort à l'intéressée dans la mesure où vous relevez vous-même que la société était en dépôt de bilan faute de ressources bien avant les diffusions dans la presse de soupçons la concernant."
Faux. Mayetic n'était pas en dépôt de bilan avant la diffamation. C'est la campagne médiatique de diffamation qui lui a ôté toute chance de se voir financer, chose qu'elle avait toujours réussit à faire avant, et ce depuis 10 ans.
3 - "Les médias ne présentaient en aucun cas ces informations comme étant certaines et de leur crû : ils citaient une source qui prend ses responsabilités et en tiraient quelques "questions"."
Faux. Les accusations des médias étaient tellement catégoriques que ces mêmes médias sont mis en examen pour les avoir proférées. En outre, ils se sont basés sur une note blanche RG/DST qui n'est pas reconnue par le ministère de l'Intérieur (donc c'est à priori une fausse) et ils n'ont procédé à aucune vérification auprès des personnes incriminées (donc manque de professionnalisme élémentaire).
4 - "Je m'étonne pour ma part que de l'argent public en aussi grande quantité ait été accordé par des organismes publics aussi importants à des personnes de droit privé sans qu'aucun suivi de la viabilité de l'activité soit organisé."
D'où tenez vous le "sans qu'aucun suivi de la viabilité de l'activité soit organisé" ? Mayetic était le leader français de son domaine !
5 - "il me semble qu'à défaut de financements publics -dont on sait qu'ils sont souvent politiques donc volatiles car très "personnalisés"- elle aurait pu se financer auprès d'authentiques organismes de prêt privés..."
Citez nous les nombreuses start-up internet françaises financées par des fonds d'investissement privés français ? La dernière start-up internet française successful en date est exclusivement financée par des fonds étrangers, notamment US, et est en train de s'installer aux US ...
Rédigé par: Bruno de Beauregard | 28 octobre 2006 at 15:21
le financement par France Télécom est apparu (à ma connaissance) pour la première fois dans l'article de La Tribune. dans l'article du Journal du Net qui évoquait précedemment le sujet Miguel indiquait que la Caisse des Dépots avait demandé à être actionnaire unique. qu'en est-il exactement ?
Rédigé par: lionel | 28 octobre 2006 at 16:25
et sinon, concernant le titre de la note. techniquement c'est le procureur de la République et le juge d'instruction, mais ça fait moins punchy ;-) Et à vrai dire le renvoi est plus fort qu'une mise en examen, qui ne veut pas dire grand chose. Le juge considère qu'il y a de quoi faire trancher la question par le Tribunal.
Rédigé par: lionel | 28 octobre 2006 at 16:38
@ Lionel,
Le 20 janvier dernier, Miguel expliquait déjà dans un billet (cf. lien ci-après) les soudaines étranges disparitions de CDC et de France Telecom du paysage Mayetic :
http://membrado.blogs.com/thoughts/2006/01/mayetic_et_sa_s.html
Donc ce n'est pas une nouveauté apparue avec l'article de La Tribune.
Je fais remarquer au passage que ni la CDC ni France Telecom n'ont à ce jour porté plainte contre nous pour remettre en question nos propos les concernant ...
Je rappelle aussi que France Telecom est curieusement réapparue comme par hasard devant le Tribunal de Commerce de Paris, pour racheter les actifs de Mayetic, et que malgré son offre trois fois plus élevée que celle d'Oodrive, le Tribunal de Commerce de Paris l'a refusée ...
D'autre part, pourquoi France Telecom aurait voulu racheter les actifs de Mayetic si la thèse, Mairie d'Asnières / RG / DST / Monde / France3 / Vrai Journal, selon laquelle Mayetic était un outil d'infiltration sectaire lié à un réseau de tueurs, lui paraissait crédible ?
En effet, quelle société du CAC40 aurait voulu racheter pareille image si ne serait-ce qu'une once de cette thèse était avérée ?
Et si France Telecom ne croyait donc pas à cette thèse absurde et sans preuve aucune, pourquoi avoir disparue de la négociation d'investissement suite à la campagne médiatique de diffamation, pour réapparaître par enchantement devant le Tribunal de Commerce ?
Serait-ce pour avoir voulu profiter de l'aubaine de la diffamation pour récupérer pour trois fois rien Mayetic, le leader français du collaboratif sur internet (cf. lien ci-après), dont le produit était notamment diffusé avec succès par France Telecom auprès de sa clientèle PME, en marque blanche, et ce depuis plus d'an an ?
http://www.silicon.fr/fr/silicon/news/2006/01/18/mayetic-ferme-travail-collaboratif-devient-orphelin
Rédigé par: Bruno de Beauregard | 28 octobre 2006 at 23:28
bruno : merci pour la clarification. dans l'article de silicon il est question d'un accord de distribution mondial, pas d'une entrée au capital. la note de laurent évoque un apport financier et dans mon souvenir l'article de la Tribune aussi.
Rédigé par: lionel | 29 octobre 2006 at 00:48
je m'aperçois que mon commentaire n'était pas clair. Laurent le renvoi devant le tribunal donne du poids à la thèse "Mayetic diffamé". il signifie que le juge d'instruction qui a mis en examen les quatre journalistes estime qu'il y a matière à faire trancher la question par le Tribunal. la mise en examen signifie en général que quelqu'un a accusé quelqu'un d'autre de qqchose. le renvoi signifie que le juge considère que ces accusations mérite d'être examinées par le tribunal, sinon il prononcerait un non-lieu.
je sais "mis en examen" suggère plus de "culpabilité" que le "renvoi", mais en vérité c'est l'inverse.
Rédigé par: lionel | 29 octobre 2006 at 00:53
@ Lionel,
Quand la CDC est rentrée dans le capital de Mayetic en septembre 2002 à travers sa filiale de capital-risque CDC-Kineon (qu'elle a fermée fin 2004), CDC nous avait imposé d'être le seul investisseur et avait justifié son investissement chez nous par sa mission de participer à la réduction de la "fracture numérique" (le site gratuit mayeticVillage.com était une sorte de service public pour les collectivités locales, les écoles, les associations, etc.) et par celle d'explorer de nouvelles voies pour la fonction publique (comme le télétravail par exemple dont Mayetic était le champion).
9 mois après, soit en juin 2003, lors d'un "passage à la pompe" prévu depuis septembre 2002, CDC-Kineon nous a informé que le résultat des élections présidentielles avait notamment abouti à l'abolition de la mission de réduction de la "fracture numérique" etc.
A partir de là, CDC-Kineon nous a dit sans complexe que nous devions nous débrouiller tout seul (alors que nous n'étions pas sensés être à l'équilibre d'exploitation avant plusieur mois), et qu'à la limite, elle ne pourrait participer à d'autres financements que si d'autres partenaires rentraient à leur tour.
Et bien évidemment, CDC-Kineon nous a dit toujours sans le moindre complexe d'aller les chercher nous-mêmes, en plus de tout ce que nous avions à faire pour faire tourner une boutique qui ne disposait pas en outre de la trésorerie nécessaire.
Ainsi, en mai 2005, un groupe indien que nous démarchions depuis juin 2004 a participé à une émission d'obligations convertibles à hauteur de 2,1 m€, permettant à la CDC de ré-injecter 1m€ de cash.
En septembre 2005, re-belote, car le 1m€ de cash ne devait nous permettre de tenir que jusque là, du fait que nous traînions des dettes d'avant mai 2005.
Il nous fallait donc trouver encore un partenaire, et celui qui s'est déclaré intéressé fut France Telecom.
Le deal permettant alors à CDC de remettre au pot pouvait soit être un investissement en cash de France Telecom, soit un accord de distribution représentant un volume de cash garanti ou quasi-garanti.
Le 18 octobre 2005, France Telecom qui avait opté pour la formule de l'accord de distribution écrivait à CDC : « Nous sommes convaincus de l'intérêt stratégique pour France Télécom de l'offre de Mayetic. »
Le 16 novembre 2005, France Telecom nous annonce soudainement qu'il n'y a plus de négociation et qu'on ne s'est jamais vu ...
Pour rappel, la campagne médiatique de diffamation avait commencé par l'article du Monde du 22 octobre 2005 et s'était terminée par Le Vrai Journal début novembre 2005.
Mi-janvier 2006, France Telecom tentait le rachat d'actifs de Mayetic devant le Tribunal de Commerce ...
Rédigé par: Bruno de Beauregard | 29 octobre 2006 at 04:30
>Bruno
Je vous remercie de toute vos réponses et précisions et vous prie d'excuser les questions -qui auraient pu vous offenser- d'une personne qui ne connaît pas grand chose à ce dossier.
Bonne chance sous d'autres cieux plus libres sur le plan de la vie des entreprises.
Rédigé par: Etienne | 29 octobre 2006 at 12:15
@ Etienne,
Pas de problème.
Merci pour vos voeux :)
Rédigé par: Bruno de Beauregard | 30 octobre 2006 at 01:09
Les commentaire de Bruno de Beauregard contient des informations nouvelles - au moins pour moi - notamment l'offre de reprise de France Télécom.
C'est effectivement troublant. S'agit-il d'un complot ou d'opportunisme ?
Rédigé par: japarthur | 31 octobre 2006 at 19:21