CPE : Le Bal des Hypocrites
Michel Moine à l'image d'une certaine gauche "bien pensante" semble faire de la contestation du CPE un élément de différentiation politique (en prenant en otage les moins de 26 ans).
Même si je ne suis pas d'accord avec Christophe GINISTY sur pas mal de sujets, je vous engage à lire son texte sur le sujet "CPE : MA VISION DE CHEF D'ENTREPRISE" (que je pourais avoir signé) :
"...N'oublions jamais une chose : aucun patron digne de ce nom ne se privera d'un bon élément, quand bien même la loi lui en laisserait la possibilité. En d'autres termes, il faut que tout le monde comprenne qu'on ne recrute pas pour licencier, mais pour faire croître son business. Lorsque les salariés sont performants, non seulement on les garde, mais on les fait grandir en leur proposant d'évoluer."
Source : ici
Le monde est précaire, dis-tu Laurent, et il faut s'y adapter. C'est un point de divergence fondamental entre nous. Je crois que le monde est ce que nous en faisons. S'il est précaire, c'est que nous l'avons fait ainsi. Pour ma part je me refuse à considérer que le politique n'a aucune prise sur l'économique, thèse qui sous-tend ton propos. L'économie est au contraire le coeur de la politique, car sans économie, pas de redistribution.
L'approche que tu proposes, c'est la pensée unique. je ne pensais pas que tu y émargeais.
Rédigé par: michel moine | 10 mars 2006 at 15:32
oui mais c'est justement ça le problème. Qu'est ce que deviennent les gens qui ne sont pas performants?
Déjà les patrons ne veulent pas les garder lorsqu'ils sont en CDI. Alors qu'en sera il si il n'y a même pas besoin de lancer de procédure de licenciement?
C'est à l'état à les prendre en charge, à les former, à les soigner, à trouver une activité qui leur soit adaptée et utile? Si ce n'est plus l'employeur ou la Secu qui payent toute cette partie de la populaion il faut imaginer un dispositif dans lequel il aient une activité, non?
Rédigé par: joseph | 10 mars 2006 at 18:36
c'est au contraire les moins performants qui seront concernés par ce type de contrats.
à supposer que ginisty soit un patron digne de ce nom (ce qui ne veut rien dire), et bien qu'il ait un avis péremptoire sur l'application du droit du travail, il doit certainement se douter qu'un contrat de travail n'est pas utile dans une situation idyllique.
s'il sert à quelque chose, c'est à garantir une stabilité minimale en cas de changement, à atténuer le risque.
augmenter l'incertitude et le risque pour les éléments performants, ça revient à les traiter en prestataires de services. lorsqu'ils y sont contraints, ils le deviennent vraiment, en adoptant les tarifs qui vont avec.
ce qui distingue un patron et un salarié, c'est que le patron assume le risque. en le refusant, il crée ses propres concurrents.
Rédigé par: complex | 10 mars 2006 at 20:45
@ Complex,
dans notre République nous sommes tout le temps régis par des contrats; qu'ils soient de travail ou de mariage par exemple.
Ce qui est le plus désolant dans cette "histoire" c'est que nous ne donnons aucune vison "d'avenir" à nos enfants : et c'en est navrant.
Mais soyons justes aussi, tous les patrons n'assument pas les risques, certains ne sont Patron que par calcul.
Pour finir, je vous renvoie à une note précisant ma condition vis à vis du contrat...
http://afleursdemots.laecite.org/index.php/gaelle/suite/premiers_drapages_du_cne/
et bon je suis "généreuse", je vous en mets un autre :
http://afleursdemots.laecite.org/index.php/gaelle/comments/cpe_cne/
Cordialement.
Rédigé par: Gaëlle | 10 mars 2006 at 21:25
nous sommes régis par des contrats qui normalement sont établis de gré à gré. cette histoire va affaiblir les métiers et les employés qui sont déjà les moins favorisés. les autres auront (peut-être) les moyens de négocier des contrats sur mesure.
Rédigé par: complex | 10 mars 2006 at 21:50
10 mars 2006
mai 68 n’aura pas lieu
La Sorbonne occupée, la première fois depuis mai 68. Images de tensions entre étudiants et policiers, gare de Tours occupée mais en fin de compte, tout ceci rentrera dans l’ordre d’ici peu car et c’est sans doute dommage, il n’y a pas de solidarité étudiante, juste quelques activistes déterminés et que l’on doit louer pour cette volonté de se battre qui honore le genre humain. Pourtant, au vu de la caisse de résonance médiatique et de la situation sociale et politique, tous les ingrédients pour une explosion de la jeunesse sont réunis mais la grande majorité cherche à étudier et avoir son diplôme pour minimiser les probabilités de chômage. D’un côté on peut les comprendre ces jeunes, pas gâtés par le système et puis le CPE, ce n’est qu’un point de détail et en admettant que le gouvernement recule, ce qu’il a fait au moment de Balladur, la situation n’en serait pas améliorée et cette victoire n’aurait aucun sens historique, faute de recadrage dans une alternative idéologique inexistante à l’heure actuelle, donc mai 68 n’aura pas lieu. Car mai 68 a eu lieu dans un contexte historique précis.
La jeunesse a été sacrifiée, du moins une partie importante car la majorité des 20-30 ans sont bien intégrés même si leur rémunération est en décalage par rapport aux anciens. C’est ainsi, la société a fait ce choix de l’amputation sociale équitable. Par équité j’entends que le lot des perdants, même s’il met à contribution spéciale la jeunesse, comprend toutes les tranches d’âges et sur ce point, la précarité est assez équitable. Enfin, presque parce que les banlieues payent un lourd tribut. Les membres du haut conseil à l’intégration ou à la lutte contre les discriminations en tirent quelques prébendes sans justifier d’aucune efficacité.
Maintenant, je lance un appel à témoin pour retrouver les boursiers docteurs ingénieurs CNRS de la promotion 82-85. J’en faisais partie. Il se trouve que suite aux mesures de rigueur budgétaire prises par le gouvernement Fabius, les bénéficiaires d’une troisième année de bourse ont vu leur troisième année d’allocation amputée de deux, quatre, six ou dix mois et ce, dans l’indifférence générale. Il fallait bien que quelques-uns payent l’addition et l’on a rien trouvé de mieux pour faire quelques économies que d’amputer quelques mois de bourse pour de jeunes doctorants. Je crois que cet événement a valeur de symbole car il illustre bien l’état d’esprit de cette société qui a décrété sans aucune décision officielle que les jeunes seraient une variable d’ajustement. J’aimerais bien les retrouver, ces kamarades de la BDI, pour pouvoir témoigner. Je suis prêt à témoigner devant la presse parce que ce petit détail de l’histoire sociale prend soudain un sens précis dans le contexte des actualités présentes. Il est dommage que les apprentis syndicalistes de l’UNEF n’aient aucune vision passée ni future car le cas de la génération BDI 82-85 servirait un combat pour l’équité dépassant cet épiphénomène qu’est le CPE.
Rédigé par: Fulcanelli | 10 mars 2006 at 22:45
L'entrepreneur (le patron !) qui embauche pour développer son affaire et qui ne pense pas à la possibilité de licencier si son affaire ne marche pas n'est pas un patron. Essayer de nous faire croire que cette ressource n'est pas dans sa tête au moment de l'embauche est hypocrite et prendre cet argument au pied de la lettre, c'est prendre les gens pour des imbéciles, l'expérience nous le prouve. Alors chat échaudé craint l'eau froide.
Nous sommes au coeur d'une contradiction que personne ne cherche vraiment à résoudre : d'un côté des salariés qui demandent de manière très légitime de la sécurité. De l'autre, des employeurs qui, de manière non moins légitime, cherchent à chaque instant à adpater "leurs ressources" à leurs besoins. Autrement dit, le salarié attend de l'employeur quelque chose que ce lui-ci ne peut pas lui donner en l'état actuel des choses. On peut le regretter, et c'est ainsi que je comprends les arguments de Michel Moine, mais pour l'instant, c'est ainsi, sans pour autant en faire une fatalité. Sur un blog ami (PBi) on m'a rétorqué qu'il s'agissait de l'histoire de la poule et de l'oeuf. Je n'y crois pas. Il faut mettre chacun devant ses responsabilités propres. L'entrepreneur, c'est dans sa nature, doit assumer le risque. Il a choisi cette option. Le salarié n'a pas choisi cette option. Si l'entrepreneur veut de la sécurité, qu'il devienne salarié. Les gens ne sont pas des mouchoirs en papier que l'on utilise seulement quand on en a besoin. La responsabilité suprême de l'entrepreneur est là. Je dirais, avec un peu d'emphase, que c'est sa grandeur.
Rédigé par: Didier | 11 mars 2006 at 18:01
Une simple interrogation Messieurs, vous qui travaillez dans le tertiaire(enfin j'imagine)...pensez vous 2 mn aux gens du secteur primaire, qui sont confrontés au manque de main d'oeuvre ?
Je doute que vous y répondiez, n'étant pas confrontés à ce millieu.
Mais néanmoins, cordialement.
Rédigé par: Gaëlle | 12 mars 2006 at 00:05
Je suis bien d'accord, Gaëlle, étant élu d'un département à forte connotation "batiment", la Creuse, où se situe l'un des plus important et le plus ancien lycée des métiers du batiment. Revaloriser l'image de ces métiers, où les perspectives de carrière sont excellentes, est un enjeu.
Nul besoin du CPE dans ce secteur...
Rédigé par: michel moine | 12 mars 2006 at 07:16
@ Gaelle : que est au juste le sens de votre question ? Y aurait il des approches différentes possibles sur les principes suivant que l'on travaille pour les services ou pour l'agriculture ? Va t-on accepter pour certains ce qui serait interdit pour d'autres ?
Rédigé par: Didier | 12 mars 2006 at 10:02
je ne vois pas trop non plus ce que veulent dire gaëlle ni michel moine.
à priori, pas besoin du CPE en général, puisque n'apporte rien de plus par rapport à ce qu'on peut faire en combinant stage/CDD/CDI. et parce qu'on ne peut faire accepter le transfert du risque (rupture à tout moment) qu'à des salariés en très mauvaise posture pour négocier (métiers dévalorisés, cv entâchés, etc), donc pas dans un cas de manque de main d'oeuvre.
c'est ce pour quoi je disais que le CPE s'appliquerait aux moins compétents (moins "expérimentés", etc).
mais on peut penser qu'il pourrait aussi s'appliquer à des cas très particuliers : une embauche avec permis de licencier (par exemple forte demande de main d'oeuvre qualifiée pour faire face à un enjeu très risqué pour l'employeur) : CPE + fort salaire + licenciement immédiat en cas d'échec (probable).
mais je ne vois pas comment le CPE pourrait ne concerner que ces cas là, sans généraliser la précarité à l'ensemble des salariés qui ne sont pas en mesure de négocier leur contrat.
Rédigé par: complex | 12 mars 2006 at 10:37
Bonjour,
Pour préciser le sens de ma question : certains secteurs comme le bâtiment par exemple souffrent de pénurie de main-d'oeuvre. Par nécessité le "risque" est donc assumé . Le patron régule ses effectifs avec l'intérim, si il pense devoir acroître son personnel de manière constante et pérenne, il a bien du mal à trouver du personnel. Si il veut trouver du monde, il doit offrir la sécurité et le salaire adéquat.
Ce qui me gène moi dans le CPE, c'est qu'il va hélas servir une fois de plus comme une variable d'ajustement dans les grosses boites ou celles friandes de main-d'oeuvre à moindre frais. Ce n'est donc pas un bon contrat, d'autant plus qu'il marginalise une catégorie de la population.
N'aurait-il pas mieux valu se pencher sur les abus constatés lors des stages à répétiton et là oui, on aurait ^peut être offert une "vision d'avenir" à la jeune génération?
Rédigé par: Gaëlle | 12 mars 2006 at 10:51
je ne sais pas ce qu'il aurait mieux valu ... je ne connais pas suffisamment les détails ni du CPE ni de la réglementation en matière de stage. mais il semble que les motivations ne sont pas "ce qu'il vaut mieux".
on est à peu près d'accord sur le fait que le CPE ne révolutionne pas les possibilités d'embauche réelle, tout en généralisant la précarité.
quelle est la motivation d'une loi actuellement ? le texte en lui-même, ou bien le message qui l'accompagne et le public auquel il est adressé ? c'est la question.
est-ce que ce choix ne devient pas explicite au détriment du contenu ?
Rédigé par: complex | 12 mars 2006 at 11:16
Bon dimanche à tous,
Il y a quelques jours Laurent me demandait mon avis sur le CPE. Je l'ai donné avec l'article que j'ai placé en trackback ici.
Pour répondre à Complex en particulier, c'est justement en l'insérant dans une politique globale que le CPE est inquiétant, voire dangereux.
Rédigé par: José@La e-Cité | 12 mars 2006 at 11:50
@ Gaelle : les conditions spécifiques qui règnent sur le marché du travail de telle ou telle activité ne doit pas interferer avec le principe général. Elles changent le rapport de force dans la négociation du contrat mais les principes doivent etre intangibles. Je crois donc qu'il n'y a pas à regarder plus avant ces conditions dans un cadre général comme celui de la Loi. La précarité n'est pas plus acceptable dans son principe quand bien même celle ci devient plus improbable parce que le secteur d'activité est porteur.
Rédigé par: Didier | 12 mars 2006 at 12:29
la deuxième partie de votre commentaire didier est assez incompréhensible.
les contrats entre les parties sont normalement libres, et tiennent lieu de loi. point besoin de légiférer pour faire moins bien que ce que les parties auraient contracté entre elles.
et c'est ce que fait le CPE que de revenir à une absence d'engagement sur une période de 2 ans.
donc, si la loi est utile, c'est pour aller (et uniquement dans ce but) dans le sens d'une protection des parties défavorisées dans la négociation, ou bien pour contrer des pratiques violant les droits fondamentaux.
sans aller jusqu'à dire que le CPE favorise la violation de droits fondamentaux, il ne favorise pas les parties défavorisées. il est donc inutile.
Rédigé par: complex | 12 mars 2006 at 12:40
mais pourquoi ce titre ? "le bal des hypocrites".
que l'opposition fasse du CPE un élément de différenciation politique, quoi de plus normal ? il y a bien un choix idéologique derrière le débat sur le CPE. prendre le risque de généraliser la précarité ou pas ? rien d'hypocrite.
mais l'utilité du CPE est bien discutable, par rapport à ses travers.
Rédigé par: complex | 12 mars 2006 at 13:22
@ Complex,
C'est hypocrite en le sens où le CPE est un faux débat en fait...Il faut essayer de lire plus loin.
@ Didier, d'accord avec vous, mais pourtant le CPE essaie par son essence même d'interférer avec le principe général. Non ?
Rédigé par: Gaëlle | 12 mars 2006 at 15:41
comment ça un faux débat ? c'est une vraie loi.
en fait la question s'adressait à laurent, puisqu'il a choisi son titre.
Rédigé par: complex | 12 mars 2006 at 15:47
Oups désolée en ce cas d'avoir donné mon impression lol
Rédigé par: Gaëlle | 12 mars 2006 at 15:51
je m'explique, l'opinion ici semble aller vers une inutilité du CPE concernant l'ebauche, et un caractère néfaste concernant la généralisation de la précarité.
on peut avancer des arguments pour contrer cette opinion, mais y voir de l'hypocrisie ... pourquoi ?
Rédigé par: complex | 12 mars 2006 at 16:03
@Complex : ce que je voulais dire c'est que la Loi fixe le cadre du contrat. Elle énonce des principes généraux. Ces principes étant généraux, ils ne peuvent tenir compte de la situation de tel ou tel secteur d'activité. Ce qui reste négociable dans le contrat depend des conditions du marché du travail dans le secteur d'activité considéré. Pour un secteur d'acticité où l'offre d'emplois des entreprises est forte et donc le risque de licenciement faible, les mêmes règles générales s'aplliquent que pour un secteur d'acivité où l'offre d'emplois des entreprises est faible. Mais la Loi ne peut pas prendre ce genre de considération en compte, elle est générale.
Rédigé par: Didier | 12 mars 2006 at 18:02
d'accord, c'est ce que je pensais avoir compris. en efet la loi ne doit pas prendre en compte des situations particulières. cependant, en matière d'emploi, je crois qu'il n'y a pas d'autre nécessité pour la loi que de protéger les salariés défavorisés et de prévenir la précarité. donc, stabilité relative pour tous plutôt qu'instabilité certaine et augmentée pour les plus défavorisés.
Rédigé par: complex | 12 mars 2006 at 18:37
Je partage totalement le point de vue de complex. Le rôle de la Loi, c'est de mettre de l'équité dans les relations sociales dont le rapport de force est "naturellemen" déséquilibré. En créant de la précarité avec le CPE, on accentue l'inégalité du lien de subordination employeur/employé.
C'est donc une loi réactionnaire, au sens étymologique du terme, qui revient en arrière en terme d'égalité d'équilibres sociaux, pourtant déjà bien fragiles et insatisfaisants.
L'accentuation de l'inégalité est l'objectif, parfaitement idéologique de ce dispositif.
Rédigé par: michel moine | 12 mars 2006 at 18:57
Et, pour reprendre la note de Laurent, il me semble que c'est plutôt le gouvernement et sa politique anti-jeunes qui prend la jeunesse en otage.
Rédigé par: michel moine | 12 mars 2006 at 18:59