Laurent BERVAS


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11 janvier 2006

Le « français » n’aime pas les Entrepreneurs

Entrepreneur TF1 et la langue Française n’aiment pas le mot entrepreneur. Echanges (1) sur mon dernier post.

José :
Je ne sais pas ce que veut d'ailleurs dire exactement ce terme ("entrepreneurs") : selon le sens qu'on lui donne, ma compagne comme moi en sommes dans des registres totalement différents. Soit l'on parle de créateurs d'entreprises, de chefs d'entreprises, d'investisseurs salariés, d'artisans ou similaires mais pour moi "entrepreneurs" ne veut strictement rien dire.
C'est un terme de communication publicitaire, ou en parfait anglicisme, "marketing" comme l'on qualifie les femmes de ménage de "Techniciennes de surface". C'est du vent. Comme la transparence...

Lionel :
@josé : finalement George Bush ne s'est pas ridiculisé, lorsqu'il expliquait doctement à Tony Blair que le problème des Français, c'est qu'il n'avaient pas de mot pour "entrepreneur". il a démontré des capacités d'analyse d'une finesse tout à fait étonnante.

Laurent :
José, je ne peux que rejoindre lionel. Pour moi le mot "entrepreneur" correspond bien à une réalité. En refusant de lui donner un nom, la langue française (et toi de manière indirecte) nie en quelque sorte son existence.

Au journal de TF1 l’entrepreneur c’est souvent le "petit patron qui s'est tiré avec la caisse" :
- dépôt de bilan volontaire
- déménagement pendant le we des machines

Cela arrange TF1 et toute une élite bien pensante française qui n'aimes pas les risque et se complait à mettre au pilori les "entrepreneur".

Pour connaître la réalité des (petits) entrepreneurs, c'est une réalité toute autre. Des brebis galeuses qui profitent des failles du système, il en a partout, chez les salariés, chez les chômeurs, chez les patrons. Je trouve que ce n'est pas très élégant de nous traiter de "terme de communication publicitaire" ;-)

_________________________
(1) plus un corbeau dont je parlerai un peu plus loin …

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Voici les sites qui parlent de Le « français » n’aime pas les Entrepreneurs :

» Quest-ce quun entrepreneur ? de Lionel Lindemann
Il y a une discussion hallucinante chez ~laurent. La meilleure définition que je connaisse est la suivante : un entrepreneur est un individu qui est prêt à prendre un risque non mesurable. Tout le reste, la société sait faire. Par contre prendr... [Lire la suite]

» Les entrepreneurs naiment pas les Franais de Campus liber
Ce titre procde bien videmment mais dlibrment dun amalgame et bien sr je nen pense pas un mot. Cependant, je commence en avoir plus quassez de voir que de telles gnralisations,... [Lire la suite]

» Les français n'aiment pas leurs entrepreneurs de Miguel Membrado's Weblog
C'est malheureusement l'état d'esprit dominant en France. Il n'y a qu'à regarder les revendications des jeunes (et moins jeunes) dans les rues, faisant passer les patrons pour des exploiteurs, prêts à profiter de tout salarié qui passe, à le [Lire la suite]

Commentaires

je ne vois pas non plus ce qu'apporte le terme d'entrepreneur.

pour moi, créateur ou chef d'entreprise conviennent. et entrepreneur sonne très marketing, pour ceux qui tentent d'en faire une distinction particulière, plutôt que de parler de leur métier.

agent immobilier, c'est un métier. chef d'entreprise, c'est un statut.

que veut dire de plus entrepreneur ? définition ? s'il s'agit de s'auto-attribuer les qualités qui font que l'on "réussit" systématiquement ce qu'on entreprend, c'est une intention courante, mais trop grossière.

d'autre part, on ne peut pas dire qu'il n'y ait pas de culture entreprenariale. il y a une culture de réseau élitiste, et il y a une culture entreprenariale (Tapie entre autres est passé par là, puis tous les discours des écoles de commerces, des grands patrons, des hommes politiques, etc). vouloir que cette culture soit unanimement partagée, approuvée, admirée ... en plus sur TF1, c'est un voeu de pur marketing (mercantile ?) digne de TF1.

Je ne sais pas pour les entrepreneurs mais il ne faut pas faire de généralités. Moi-par exemple- j'ai depuis peu une technicienne de surface, et je peux vous dire que cela n'a rien à voir avec une femme de ménage (que je connais aussi pour en avoir employées). Une femme de ménage fait ce qu'on lui dit de faire. Une technicienne de surface sait ce qu'elle a à faire sans qu'on lui dise quoi que ce soit ! A part ça je suis une femme libre et liée aux "freemen" depuis 5 jours, et je constate que la plupart des blogs appartenant à ce groupe ne m'ont toujours pas inscrite sur leur liste ! D'ailleurs, j'ai constaté qu'il y a un nombre considérable de ces blogs qui sont en léthargie (pas d'article depuis l'année dernière !), et même d'autres encore qui ont l'air d'être à l'agonie (pas d'article depuis 4 mois !). Et encore d'autres qui ont l'air de blogs publicitaires. Je commence à me demander ce que je suis venue faire dans cette galère.... Je lance quelques bouées sur les blogs vivants en espérant avoir une réponse. Merci !

qu'est-ce que c'est que cette dernière invention encore les freemen ? ils sont en plus entrepreneurs ?

un moyen d'être inscrit automatiquement dans leur liste ?

que vivent les blogs agonisant ? quelle importance ?

> Grenouille

Bonjour voisine.

Concernant les "freemen" je pense que tu as malheureusement raison. Je suis entré dans le réseau par amitié pour l'un des membres et j'ai essayé de faire changer les choses de l'intérieur, sans succès. Tu m'encourage à sortir de ce reseau.

Je vais simplement essayer de la faire sans trop de bruits car je respect les idées qui sont les leurs avec les maladresses de certains qui sont compréhensibles.

Bonne journée à toi :)

c'est dommage lolo... Vraiment.
grenouille > 2006 sera une jolie année freemen, laisse le temps à chacun d'actualiser les listes je suis moi même en retard ;)

@ Grenouille de bénitier : le probème de l'emploi du terme de "Technicienne de surface" est l'emploi du mot "technicien" qui lui avait un statut bien spécifique qui n'est pas adéquat à la qualification qu'exerce cette fonction. Encore une fois, ce ne sont nullement des attaques, mais la dévalorisation des titres a conduit à en inventer d'autres qui ne veulent rien dire. Le brevet de technicien a des critères bien précis, dûs à une formation bien précise et à la maîtrise d'une technologie bien précise. Il a été dévalorisé par ce genre d'attributions et je sais pertinnement ce qu'il en est.
D'autre part, sur le sujet des blogs et des liens, si je peux vous donner un petit conseil, ne courez pas trop après l'audience. Ce ne sont pas les blogs qui ont le plus de liens qui sont forcément les plus intéressants tout comme l'inverse est vrai. attention aux effets d'annonce... ;-) Ceux qui apprécieront votre blog placeront un lien sur le leur instinctivement.

@ Laurent : je ne suis apparemment pas le seul à éprouver cette réserve vis à vis du terme "entrepreneur".

> josé
On partage certaienemnt le même avis sur le fait que les actes et les intention sont plus importants que les mots.

Les mots ne sont que des écorces vides sous de l'émotion. Il faut donc creuser le sens des mots pour avoir de la séve, finalement on se comprend assez bien tous les deux (même si on ne s'est jamais vu).

Une petite remarque amusante, Laurent : sur ton post tu as placé derrière les noms de Lionel et toi-même l'adresse des blogs personnels respectifs alors que derrière le mien il y a l'adresse du post... Mon blog serait-il suffisamment subversif pour que tu en censures les moyens d'y arriver ? lol ;-)

dites les jeunes, je vous ferais remarquer qu'il y a sur une radio d'Etat (France Inter) une émission qui existe depuis au moins 20 ans qui s'appelle "rue des entrepreneurs". je l'écoutais quand j'avais 12 ans. donc vous me faites doucement rigoler avec vos histoire de mode, de vent et de mercatique.

et si vous voulez savoir ce qu'est un entrepreneur, lisez schumpeter. et si c'est trop compliqué, même alain minc explique ce que c'est dans l'un de ses derniers bouquins. comme quoi on peut être X et dire du bien des entrepreneurs et même savoir à quoi ça sert.

il y a un moment où même l'ignorance n'est plus une excuse pour dire n'importe quoi.

@josé : il y a une rumeur qui court comme quoi ~laurent et lionel sont en fait la même personne. pas étonnant qu'il ne fasse la promotion que de lui. mais chut... ;-)

> lionel
il paraitrait même que laurent aurait plusieurs personnalités sur le web mais chut ... ^^

PS : pour développer l'esprit d'entreprise dans ce pays y'a du boulot (PS : tu me classe dans les jeunes :D?)

un entrepreneur, c'est un individu qui fait le pari, le calcul, de croire en son projet plutôt qu'en celui d'un autre. le mode de calcul prend en compte ses compétences, le contexte, les perspectives ... et s'il est suffisamment persévérant et chanceux, il réussit. que sa réussite implique des conséquences bénéfiques pour la société, c'est secondaire.

ouais, les jeunes qui ne savent pas qu'entrepreneur est un mot d'origine française, qui a été conceptualisé en France. donc George Bush est jeune, tu es jeune, josé et complx sont jeunes. moi je suis le vieux con de service.

> lionel
trop fort (en fait lionel C mon cerveau dit ZEBRAIN ^^) c'est qu'est ce qu'on jeunes :(

Lionel,

Dis, le vieux, ce n'est pas parce que tel ou tel commentateur de radio ou autre pingouin des médias utilise un mot que celui-ci me plait. J'ai dit que je ne savais pas ce qu'entrepreneur veut dire parce que le terme est utilisé façon mode par des personnalités comme Loic Le meur ou affidés. Dans leur cas, je ne sais réellement pas ce que ça veut dire, si tu le sais toi-même à son sujet, explique-le moi. Est-il salarié, chef d'entreprise, créateur de ce qu'il vend ?

Quant à Laurent, toi et la fameuse rumeur je retranscris ici ce que j'ai placé sur ton blog :

"Je sais, moi, que Lionel et Laurent ne sont qu’une seule et même personne mais avec deux corps et deux cerveaux bien distincts… lol ;-)"

PS : je doute que tu sois suffisamment vieux, Lionel, pour expliquer ce que tu exprimes en recourant à des émissions de radio, si ? Parce que moi j'utilise dans ces cas là un dictionnaire, ça n'existait pas encore à "ton époque" ? ;-)

tu as aussi dit que c’était une mode, un truc marketing et du vent.

puisque tu te lances dans l’argument d’autorité, voyons ce qu’en dit l’Académie, arbitre des élégances en ce beau pays :

(1)ENTREPRENEUR, -EUSE n. XIIIe siècle, entreprendeur, « homme entreprenant ». Dérivé du radical du participe présent d’entreprendre.
1. Personne qui dirige une entreprise commerciale ou industrielle privée, où elle emploie une main-d’œuvre salariée. Entrepreneur en matériel électrique. Entrepreneuse de confection. Un petit, un gros entrepreneur (on dit aussi Chef d’entreprise).

donc pour l’Académie chef d’entreprise et entrepreneur, c’est la même chose.

pour ma part je me réfère à la littérature économique, qui n’est pas que française, et la définition que je donne est largement inspirée par les travaux de Frank Knight. mais on trouve les prémisses de cette vision dans l’Essai sur la nature du commerce en général de Richard Cantillon, qui date de 1734. il y parle d’entrepreneurs et pas de chefs d’entreprise. pour la simple et bonne raison que l’entreprise taylorienne hierarchique n’existe pas encore. c’est Jean-Baptiste Say qui, le premier, envisage l’entrepreneur sous l’angle d’une organisation, et donc commence à introduire cette idée de chef.

mon expérience personnelle m’amène à penser qu’avant d’être un organisateur, l’entrepreneur est un preneur de risque non mesurable. comme souvent on prend le résultat d’un grand penseur (Say) et on n’en retient que le résultat, et pas le cheminement.

je suis pour ma part un très bon organisateur, mais pas nécessairement un très bon preneur de risque. Loic Le Meur ou Laurent Bervas m’ont l’air d’être de meilleurs preneurs de risques que des organisateurs. c’est une question de caractère, de tempérament, et d’histoire personnelle. Pierre Bilger était un grand chef d’entreprise, je ne pense pas qu’il se soit jamais considéré comme entrepreneur (voir ses notes sur la rémunération du dirigeant où il aborde la question en passant). si on ne fait pas la distinction entre chef d’entreprise et entrepreneur, on ne peut pas comprendre ce genre de subtilité.

(copie d'une réponse sur mon blog)

je ne suis pas d'accord avec la définition de l'entrepreneur comme preneur de risque. un pur preneur de risque est un spéculateur. il y investit une partie de sa fortune. sans forcément prendre part directement à l'entreprise (seulement un moyen de contrôle parfois).

définition insuffisante ...

le spéculateur travaille sur du risque (donc calculable). parler de risque *non calculable* est effectivement un peu contradictoire. il faudrait sans doute dire que l'entrepreneur travaille sur de l'incertitude. mais ça me paraît moins compréhensible.

il y a pléthore de méthodes pour calculer le risque, ou l'incertitude. l'entrepreneur connaît son domaine d'activité, les choix qu'il fera, il a parfois un business plan qui inventorie tout ça. il peut se baser sur le nombre de créations dans son secteur, le nombre d'entreprises défaillantes, la tendance de l'activité économique, etc.

non, ça ne me semble pas une bonne définition. et d'ailleurs, elle serait contradictoire avec l'objectif. l'entrepreneur serait celui qui prend un risque sans savoir l'évaluer ?

"lisez schumpeter"...
Je vous cite Lionel, juste pour le débat et je poste aussi ma contribution :
Entre-preneur, voilà le vrai terme non ? Il a le choix entre prendre parti
et mettre ses billes, ou preneur de tout ce qui est novateur.
Ah et j’oubliais, entre-preneur c’est aussi comme si vous définissiez Géo trouve Tout. Certes on pense tous à des mondes meilleurs, mais n’oubliez pas ceux qui restent sur la route.


Je donne ici une définition du terme « entreprendre » ( dictionnaire économique et social , Janine Brémond, Alain Gélédan) :
Entreprendre, au sens courant, est lié à l’idée de créer, d’innover. Souvent, les libéraux associent l’entreprise à la création de l’entrepreneur, un peu à l’image de ce jeune producteur de disques décrit comme un » Robinson du show business » : « il est une maison de disque à lui tout seul.. Il produit deux, trois disques par an, au gré de ses coups de cœur… Il est fou d’un opéra…il a racheté les droits, en a tiré un coffret de quatre disques…Il est tout seul… ». Cette vision quelque peu romantique de l’entreprise place l’individu au centre de l’innovation et celle-ci au cœur de l’entreprise.
Pour être juste jusqu’au bout, Schumpeter écrivait aussi : « Les entrepreneurs sont des agents dont la fonction est d’exécuter de nouvelles combinaisons. ‘.(…) L’entrepreneur n’est pas celui qui découvre des procédés techniques nouveaux ni le détenteur du capital, mais celui qui organise économiquement hommes, capitaux, innovations techniques en vue de réaliser de nouveaux profits ».

mais dépassons la sémantique ou l'intérêt de chacun non ? Faisons avancer le débat :-)

Lionel,

Je crois qu'il y a un quiproquo dans la façon dont vous interprétez mes écrits. Je n'ai jamais écrit que je ne savais pas ce qu'était un entrepreneur mais ce que ce terme voulait exactement dire.

Communiquer en tant qu'entrepreneur ne veut strictement rien dire pour moi dans la mesure où je ne peux situer, ni les responsabilités et la fonction ni le statut de celui qui s'exprime ainsi.

Si tu t'exprimes en tant que dirigeant d'une entreprise je peux analyser le contenu de ton expression. Si tu le fais en tant que créateur d'activité, je le peux aussi. Par contre, si tu le fais en tant qu' "entrepreneur" je ne sais absolument pas dans quel registre tu t'exprimes tellement ce terme est vague est veut tout comme rien dire.

Ma compagne est "entrepreneur", dans le registre associatif je le suis aussi mais nous ne nous exprimons pas en tant qu' "entrepreneurs". Soit nous nous exprimons sur les registres concernés en tant que dirigeant d'entreprise ou d'association, en tant que comptable ou président mais pas "entrepreneur".

Le problème n'est pas le mot qui pour moi, je répète et confirme que je le considère comme tel, n'est que du vent et une mode, mais de savoir à qui l'on s'adresse. Je préfère m'adresser à un gérant, un PDG, un travailleur indépendant ou un investisseur mais je ne sais pas ce que c'est que s'adresser à un entrepreneur.

J'ai cotoyé nombre de chefs d'entreprises, y compris des créateurs de société, mais je ne les ai jamais entendu eux-mêmes se définir comme des entrepreneurs.

À entrepreneur je préfère de très loin le terme "patron" parce que là au moins je sais à qui je m'adresse.

voilà enfin une définition intéressante :

«dont la fonction est d’exécuter de nouvelles combinaisons. celui qui organise économiquement hommes, capitaux, innovations techniques en vue de réaliser de nouveaux profits ».

la deuxième partie correspond à la notion de chef d'entreprise. la première partie est intéressante pour la notion d'innovation dans la mise en place des structures productives.

intéressant, mais pas forcément en adéquation avec le sens qu'on lui donne usuellement.

mais personnellement, je trouve que pour cette première partie de définition, le terme d'entrepreneur prend un intérêt.

«dont la fonction est d’exécuter de nouvelles combinaisons. celui qui organise économiquement hommes, capitaux, innovations techniques en vue de réaliser de nouveaux profits ».

Je trouve cela très bien dit (et je me reconnais dedans :-)

attention ! si on voit l'entrepreneur comme celui qui imagine et expérimente de nouvelles combinaisons productives, il faut qu'il soit capable de dire lesquelles et en quoi nouvelles. ce sont les combinaisons qui doivent être nouvelles, pas les produits, pas les technologies.

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